Vitamine B12

La spiruline, un végétal riche en vitamine B12 ?

La vitamine B12 est indispensable à notre santé. Sans elle, apparaîtrait une pathologie mortelle connue sous le nom d’anémie pernicieuse. Notre organisme étant incapable de la synthétiser, il lui faut la trouver dans l’alimentation d’origine animale et les produits laitiers. Un problème pour les végétariens et les véganes, mais également pour les personnes âgées, dont la capacité à fixer la vitamine B12 décroît avec l’âge. Longtemps, la médecine a estimé que la spiruline ne contiendrait pas ou peu de vitamine B12, ou qu’elle ne serait pas assimilable par notre organisme. De récentes études scientifiques viennent cependant remettre en question ces certitudes, au point que la spiruline pourrait bien être une source non négligeable de vitamine B12 pour notre organisme. Le Comptoir des Spirulines vous propose état des lieux provisoire de la recherche sur le sujet. Et, pour commencer, pose un constat : le philosophe japonais Toru Matsui s’est nourri exclusivement de spiruline pendant quinze ans et n’a jamais présenté le moindre symptôme d’anémie pernicieuse…

La vitamine B12 de la spiruline : forme, quantité et bio-disponibilité

C’ est en 1926 que George Whipple, George Minot et William Murphy (prix Nobel de médecine en 1934) achevèrent de démontrer que des extraits de foie pouvaient combattre certaines formes d’anémie. Partant de ce constat, des études furent menées pour tenter de déterminer le « facteur intrinsèque » contenu par le foie et indispensable à notre organisme. En 1948, Karl Folker puis Lester Smith parvinrent à l’isoler : il s’agissait de la cobalamine, molécule plus communément appelée vitamine B12 et appartenant au sous-ensemble des corrinoïdes (grosses molécules portant en leur centre un atome de cobalt).

La cobalamine ou vitamine B12 existe sous quatre formes :
• deux formes actives : l’adenosylcobalamine et la méthylcobalamine, présente dans la spiruline ;
• deux formes inactives que notre organisme peut métaboliser sous forme active : l’hydroxocobalamine, généralement utilisée sous forme de solutions stériles destinées à être injectées, et la cyanocobalamine, couramment utilisées dans les compléments synthétiques.
Les autres formes de vitamine B12 sont en réalité des analogues (également appelés « pseudo-vitamines B12 »), c’est-à-dire des molécules appartenant au même sous-ensemble des corrinoïdes mais jugés inactifs.

Le professeur Wanabe fut le premier, en 1999, à publier une étude sur la vitamine B12 présente dans la spiruline (1). Cherchant à en connaître la teneur réelle, il eut recours à la méthode microbiologique et à des tests de chimiluminescence. Les mesures obtenues par la méthode microbiologique étaient 6 à 9 fois supérieures à celles obtenue par chimiluminescence, mais il estima la quantité de vitamine B12 à 17 % des corrinoïdes présents dans la spiruline. En 2002, il réitéra ses mesures par méthode microbiologique, sans toutefois parvenir à distinguer avec une précision suffisante les molécules de vitamine B12 de leurs analogues (2).

C’est seulement en 2010 que des mesures plus fiables furent réalisées. Une étude dirigée par le professeur Kumudha et réalisée par essai microbiologique et test de chimiluminescence, permit de quantifier précisément la teneur en vitamine B12 de la spiruline : respectivement 38,5 µg (+/- 2 µg) et de 35,7 µg (+/- 2 µg) pour 100 g de spiruline sèche (3). Le professeur Kumudha identifia également la forme de vitamine B12 présente dans la spiruline : la méthylcobalamine, qui présente la particularité d’être trois fois mieux assimilée que les cyanocobalamines couramment utilisées dans les compléments synthétiques.

Si l’on se fonde sur les résultats obtenus lors de cette dernière étude, on peut en déduire qu’une dose journalière de 3 g de spiruline apporterait environ 1,1 µg de vitamine B12, soit 44 % des apports journaliers recommandés (AJR) (2,5 µg). Ce serait légèrement supérieur au seuil standard de vitamine B12 fixé par l’OMS (1,0 µg) et plus de deux fois le seuil minimal absolu (0,48 µg).

 

La présence d’analogues de vitamine B12 dans la spiruline : inutile et nuisible ?

Dans les années 1960, des molécules très similaires à la cobalamine furent découvertes : appartenant comme elle au sous-ensemble des corrinoïdes et présentant des structures très proches, elles furent qualifiées d’analogues B12. Portée par une méthode qui ignorait la distinction entre composés actifs et composés inactifs chez l’homme, la communauté scientifique des années 1970 fut prise d’un enthousiasme excessif pour ces analogues, jusqu’à ce qu’on découvre dans les années 1980 qu’une partie non négligeable d’entre eux n’étaient pas assimilable par le corps humain. Cette découverte discrédita les analogues B12 dans l’esprit de certains médecins, pour qui ils seraient inutiles (car inactifs) et nuisibles (au motif qu’ils bloqueraient l’absorption de la vitamine B12 en occupant ses sites récepteurs).

Ces craintes furent rapidement démenties par les études ultérieures, qui mirent en évidence que le foie lui-même contenait 9 fois plus d’analogues que de vitamine B12 proprement dite, que d’autres aliments contenant essentiellement des analogues corrigeaient également les anémies pernicieuses et que la vitamine B12 elle-même se trouvait partiellement convertie en analogues par l’organisme humain. Surtout, on découvrit qu’il existe plusieurs types d’analogues B12 :

• certains analogues interagissent favorablement avec l’absorption de B12 : ils sont appelés « cofacteurs B12 »
• certains analogues peuvent remplacer la vitamine B12 dans certaines de ses fonctions essentielles : ils sont dits tangents
• certains analogues sont neutres ou inactifs, c’est-à-dire dépourvus d’action biologique dans le métabolisme : ils sont parfois appelés « pseudo-vitamines B12 »
• certains analogues, enfin, bloquent l’absorption de la vitamine B12 en occupant ses sites récepteurs : ils sont parfois appelés « anti-B12 ». Seuls ces derniers sont nuisibles.

Les recherches les plus récentes menées sur différents microorganismes ont démontré leur capacité à produire majoritairement de la pseudo-vitamine B12 et à l’utiliser comme cofacteur pour toutes leurs enzymes B12-dépendantes. Autrement dit, des analogues longtemps considérés comme inactifs et inutiles ont en réalité une fonction bien précise et se révèlent être « des cofacteurs majeurs pour de nombreux organismes » (4). Dans le cas de la spiruline, une étude dirigée par le professeur Takinoa et publiée en 2010 a mis en évidence qu’un analogue jusqu’alors jugé inactif, l’adeninylcobamide, était en réalité utilisé par les cellules de la spiruline comme cofacteur de la méthionine synthase, une enzyme qui permet la biosynthèse de la méthionine (un acide gras essentiel) à partir de l’homocystéine, dont elle régule ainsi le taux dans le sang (un taux excessif étant un facteur des risques d’accidents vasculaires) (5).

 

Spiruline ou complément synthétique : quelle vitamine B12 choisir ?

La forme de vitamine B12 commercialisée en tant que compléments synthétiques est la cyanocobalamine. Il s’agit d’une forme synthétique de provitamine B12, qu’on ne trouve pas dans le milieu naturel et qui ne devient active qu’en étant métabolisée dans l’organisme. Pour l’industrie, elle présente l’avantage d’être la forme de vitamine B12 la plus stable à l’air libre et la plus facile à cristalliser et à purifier une fois produite par fermentation bactérienne ou par synthèse in vitro. Elle présente toutefois l’inconvénient d’être trois fois moins assimilable que la méthylcobalamine (6), forme naturelle de vitamine B12 présente dans la spiruline, et peut comprendre jusqu’à 90 % d’analogues.

Il faut ajouter que les bactéries à partir desquelles les compléments synthétiques sont fabriqués sont très généralement des OGM, qui représentaient plus de 80 % de la production mondiale en 2001. Les bactéries concurrentes sont d’origine chinoise et il n’est guère aisé de savoir si elles en sont également. Mais les bactéries OGM offrant un rendement trente fois supérieur, il serait surprenant que les producteurs chinois ne recourent pas aussi au génie génétique. Quoi qu’il en soit, il semble établi que le premier producteur mondial de vitamine B12 synthétique, Sanofi Chimie, a recours aux bactéries OGM, tandis que des doutes planent d’autant plus sur le Veg-1 que les microorganismes ne sont pas concernés par la réglementation européenne sur l’affichage obligatoire de la présence d’OGM et que le site d’information sur les OGM en Union Européenne GMO Compass indiquait explicitement que les vitamines B12 synthétiques sont pratiquement toujours fabriquées à partir d’OGM (7).

 

      (1) Watanabe F. & al.: Pseudovitamin B(12) is the predominant cobamide of an algal health food, spirulina tablets. J Agric Food Chem. 1999 Nov; 47(11):4736-41.

 

      (2) Watanabe F. & al.: Characterization and bioavailability of vitamin B12-compounds from edible algae. J Nutr Sci Vitaminol (Tokyo). 2002 Oct; 48(5):325-31.

 

      (3) Kumudha A. & al.: Purification, Identification, and Characterization of Methylcobalamin from Spirulina platensis. J Agric Food Chem, Aug 2010.

 

      (4) Roselli S. : Génomique fonctionnelle de la dégradation microbienne du chlorométhane. Thèse soutenue publiquement le 15 décembre 2009 – Université de Strasbourg.

 

      (5) Tanioka Y. & al.: Methyladeninylcobamide functions as the cofactor of methionine synthase in a Cyanobacterium, Spirulina platensis NIES-39. FEBS Lett. 2010 Jul 16;584(14):3223-6. Epub 2010 Jun 17.

 

      (6) « Methylcobalamin » in Alternative medecine review 3(6):461-3 (1998).

 

      (7)

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5 Comments

    • Roma du Comptoir dit :

      Nous tenons à vous remercier pour ce commentaire. Nous sommes heureux que votre bel article ait pu se référer au nôtre, afin d’attirer l’attention de vos lecteurs sur la teneur en vitamine B12 de la spiruline. Merci à vous.

  1. Bonjour,

    Quelle difficulté que de faire comprendre que la B12 de la spiruline est une forme adaptée à l’organisme humain.
    Une partie de la population végétalienne reste soumise au diktat des Ayatollahs du véganisme.
    Quelle tristesse.

  2. Potron Alizée dit :

    Bonjour, je viens de lire l’article de Tanioka que vous citez, et la conclusion est que la Spiruline ainsi que certaines bactéries peuvent utiliser l’adeninylcobamide mais ils ne disent nul part que l’être humain peut l’utiliser.
    J’ai également lu cet article de Watanabe de 2014 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4042564/ qui parle du nori comme source de B12 (testé sur l’humain, mais sur petite population).
    En tant que médecin et en tant que végane, je trouve dangereux de proposer la spiruline comme source de B12 quand une carence en B12 peut être mortelle et que le test sanguin n’est pas capable de faire la différence entre les analogues actifs et inactifs.

    • Admin dit :

      Bonjour Madame,

      Nous sommes sensibles à l’intérêt que vous manifestez pour cet article. Celui-ci s’efforce de faire la synthèse des dernières études sur le sujet. Il reste encore beaucoup à faire pour que le débat soit définitivement tranché, mais il nous a paru important de relever l’évolution constatée depuis le début de la décennie principalement et de donner à nos lecteurs matière à réflexion. S’agissant des analogues, l’article constate que les plus récentes études, comme celle de Tanioka, tendent à remettre en question l’idée, longtemps prépondérante, de leur inutilité. Certains d’entre eux pourraient donc avoir un rôle intéressant sur l’organisme. En ce qui concerne l’apport en vitamine B12, les recherches les plus récentes tendent, elles aussi, à modifier notre approche de la question. L’article de Wanabe sur le nori, que vous avez la gentillesse de porter à notre attention, n’a pas été cité dans la mesure où il ne concerne pas directement la spiruline. Au-delà de ces études, aucune pathologie liée à une carence en vitamine B12 n’a, à notre connaissance, été constatée chez les personnes et les populations qui se nourrissent exclusivement de spiruline, ce qui permet à certains médecins de considérer la spiruline comme une probable source de vitamine B12. Pour autant, nous comprenons parfaitement la prudence qui est la vôtre, à la fois en tant que médecin et végane : si la spiruline est un aliment extraordinairement riche, dont les bénéfices pour l’organisme peuvent être considérables, il n’en demeure pas moins que les personnes malades ou carencées doivent impérativement consulter un médecin afin de s’assurer un traitement adapté.

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